Enseignement de l'arabe au CP... Mensonges et désinformation.

 

http://static.blog4ever.com/2012/01/636480/a.gif l’origine de ma réflexion, deux tweets de Bourdin sur RMC… Vous connaissez Bourdin ? Le donneur de leçons de déontologie journalistique.

Premier tweet donc 31 mai 2016 8 h 58 :
« L’enseignement de l’arabe se fera dès le CP, dès qu’on aura les moyens de le faire dit N. Vallaud Belkacem. » Ce tweet est sensé traduire la pensée et le souhait de la ministre de l’éducation nationale. Les réactions sont immédiates et virulentes sur les réseaux sociaux. Vous en imaginerez aisément l’origine et le contenu et vous en fais grâce. Devant ces réactions, Bourdin corrige, et modifie le texte en le rendant un peu plus proche de la pensée de la ministre :

Second tweet donc 31 mai 13 h 12 :
« L’arabe pourra être enseigné dès le CP comme d’autres langues selon N. Vallaud Belkacem… » La nuance est de taille ! Libellé de cette manière moins racoleuse dès le début, il n’aurait pas enflammé la toile et les esprits brumeux d’une part non négligeable de la droite et de l’extrême droite.

Alors cette remarque faite sur la nécessité de se méfier des raccourcis ravageurs, de quoi est-il question exactement ? N’en déplaise à l’ineffable Mariton qui lance sa pétition contre l’enseignement de l’arabe au CP, la ministre n'entend pas instaurer l'enseignement de la langue arabe dès le CP en France.

Ce que semblent ignorer tous les agités « arabophobes » qui se sont déchaînés, c’est que jusqu’à aujourd’hui, des conventions dites « Elco » (enseignement des langues et des cultures des communautés d’origine) avaient été mises en œuvre "sur la base d'accords bilatéraux prenant appui sur une directive européenne du 25 juillet 1977 visant à la scolarisation des enfants des travailleurs migrants". Ces conventions concernaient neuf pays : l'Algérie, la Croatie, l'Espagne, l'Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie.

Jusqu’à cette date, les opposants n’avaient rien trouvé à redire au fait que dans les écoles, des cours de langue étaient dispensés par des enseignants venus des pays cités ci-avant, sans aucun contrôle de l’Education Nationale.
Partant du fait qu'à partir de janvier, l'apprentissage d'une langue vivante 1 sera possible dès le CP, la ministre souhaite intégrer ces langues dans le socle commun : cette langue 1 pourra donc être de l'anglais, de l'allemand ou l'une des langues évoquées plus haut, dont l'arabe. Apparemment, les opposants du jour ne sont pas choqué par l’enseignement du portugais ou du serbe. Le choix de la langue sera laissé aux familles… donc aucune idée d’obligation comme le laissaient entendre certaines réactions.
L’idée de la ministre est donc de mettre fin au système Elco opaque et échappant à tout contrôle du ministère tant dans les contenus que du point de vue pédagogique.

Elle a ensuite précisé :
« Notre idée c'est que, désormais, on va passer à un système où on continuera à faire appel à des enseignants étrangers parce que sinon on n'aura pas suffisamment de professeurs des écoles formés pour enseigner cette diversité de langues vivantes. Mais ces intervenants étrangers, c'est nous qui concocterons le programme, qui le vérifierons, qui l'évaluerons. Nous inspecterons ces enseignants. Ils seront intégrés aux équipes pédagogiques. Ils seront recrutés sur un certain nombre de critères dont la maîtrise de la langue française, tous sujets qui n'étaient pas réglés avant. On passe vraiment à un tout autre système beaucoup mieux maîtrisé, beaucoup mieux contrôlé mais dans lequel on donne quand même la possibilité aux enfants d'avoir accès y compris à des langues dites rares et, ce faisant, je ne parle pas de l'arabe parce que je ne considère pas que ce soit une langue rare. » Voilà : rien qui de mon point de vue ne méritait des réactions aussi virulentes."


On aurait pu avec plus de profit discuter sur la nécessité d’une seconde langue dès le CP, sur l’importance pour un enfant de maîtriser sa langue maternelle avant d’en aborder une nouvelle et tant d’autres problèmes que soulève l’enseignement des langues étrangères à l’école primaire.

Mais non ! Il valait mieux lancer une polémique de plus, non dépourvue de sous-entendus avec de forts relents de racisme disons-le.

J’ai dirigé pendant trente ans une école de ZEP dans laquelle exerçaient un professeur de turc qui ne parlait pas un mot de français à son arrivée et un enseignant d’arabe avec des enfants volontaires, sur le temps scolaire. Il ne m’a jamais été possible de savoir ce qui se faisait et se disait pendant ces cours. Mon propre inspecteur m’avait avoué un jour : « nous n’avons pas de droit de regard, cela se règle au niveau des ambassades »… La réforme présentée me semble en mesure de résoudre ce problème.

Je ne suis pas, et loin s’en faut, un soutien de la ministre de l’Education Nationale, mais les politiques de ce pays ont un talent immense pour éviter les vrais débats en se roulant dans la fange des propos les plus populistes qui soient, quitte, plus grave, à travestir la vérité.

 



08/06/2016
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