LES MECANISMES D'UNE « PENSEE » NEBULEUSE, HORS SOL ET HORS TEMPS.


Quand un être humain se prend pour un dieu comme « Jupiter », ou « le maître des horloges », on peut avoir de sérieuses inquiétudes. Les psychiatres posent un diagnostic connu ; la mégalomanie est la surestimation de ses capacités, elle se traduit par un désir immodéré de puissance et un amour exclusif de soi. Elle peut être le signe d'un manque affectif. En psychologie, la mégalomanie est classée dans la famille des psychoses délirantes chroniques.
Le discours peut changer : « le virus est désormais le maître des horloges », pourvu de qualité divines sinon humaines. Un virus est cependant en science nanti uniquement d'une intelligence biologique, d'une intelligence de survie inconsciente, à la différence des humains qui vers l'âge de deux ans commencent à faire la différence entre le moi et le tu extérieur ; le petit enfant prend alors conscience de lui-même par rapport au monde qui l'entoure, un virus non.
De la part du cas qui nous intéresse il y a là un transfert, le maître du temps n'est plus un homme mais quelque chose de plus fort que lui. Mais ce virus est doté par le mégalomane  d'une intelligence volontaire, qui sait ce qu'elle fait , une sorte de dieu du mal. Le mégalomane a alors en face de lui  le dieu Virus, un ennemi taillé à sa mesure et qu'il va vaincre à l'aide de la science, le vaccin en particulier. A ce moment là, le mégalomane pourra redevenir un dieu à part entière ayant dominé et effacé le dieu Virus.

Dans le roman que j'avais écrit, je m'étais « amusé » à décrire un Président imaginaire, ou l'on retrouve toujours cette folie du pouvoir.
« Cet homme au sommet de l’État, trop caractériel, trop imbu de son intelligence, n'était pas fait pour gouverner. Il en devenait dangereux ! Il avait presque tué toute opposition politique. Ça devenait l'épopée d'un moi solitaire – une péroraison adressée à soi-même, comme le moineau qui piaille sans savoir que ses cris ne sont produits que dans le seul but de lui faire sentir qu'il est vivant, un soliloque fait de mots vides, creux – qui rejetait toute tentative de communication avec autrui. Son ego, sa pensée, demeurait la seule réalité, le seul objet possible, digne de connaissance.
Une image surgit dans l'esprit de l'industriel (personnage du roman  qui critique le président), venue des endroits mystérieux de l'inconscient, celle d'un grand sapin qui développe son système racinaire pour conquérir de nouvelles terres, projette depuis ses branches feuillues ses gouttelettes acides pour tuer ce qui existe en dessous. Un roi de la forêt ivre de puissance, qui brûle la vie qui l'entoure pour régner sur un univers ravagé, sans comprendre qu'un moi boursouflé ne peut exister sans le regard des autres forcément indépendants et libres, car régner sur un peuple d'esclaves, c'est gouverner sur un monde de néant, c'est être le néant soi-même [....]
Une situation prérévolutionnaire ? L'inquiétude assaillait Archambault.
Il s'en était ouvert à son ami le bien connu psychanalyste Geurvouelbeck, homme jovial, à l’embonpoint assumé, à la barbe patriarcale coupée en carré, et qui lui avait chuchoté cette confidence :
« Le Président possède, je pense, un ego hyper-développé. Son Moi, unique sujet de la perspective, devient son unique objet d'intérêt, un Moi en quelque sorte à l'écoute de sa propre sonorité… Il développe sa propre construction mentale du réel, nie la vision que les autres peuvent en avoir ».
Guervouelbeck se renversa en arrière, croisa ses doigts boudinés, l'air satisfait de sa réponse, il sourit d'un air entendu, la barbe frétillante. Puis dans un élan d'affabilité et de générosité, comme s'il proposait à son interlocuteur — "allons, je vous en prie reprenez un morceau de ce délicieux gâteau" – il ajouta cette faveur explicative : « En définitive le monde reçoit la lumière du Président qui seule compte ».
Ou, on aurait pu formuler la chose d'une autre manière pour reprendre la phraséologie d'un Président qui adorait injecter des anglicismes dans ses discours : " The sun is shining out of his ass". Ou, pour resservir en langue française : "Le soleil brille de son cul ".
 Archambault percevait mieux cette dernière formule. »


 Honky



27/04/2021
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