Peut-on voir les prémices d’une défaillance de l’État aux États-Unis et en Europe ?


http://static.blog4ever.com/2012/01/636480/u.gifne étude souligne les dénouements catastrophiques possibles dans une nouvelle ère de déclin énergétique.

Les États-Unis et l’Europe font face à un risque grandissant de défaillance étatique dans les années à venir dû à la recrudescence des crises économiques, énergétiques et environnementales interconnectées.

 

L’avertissement est développé dans le livre Failing States, Collapsing Systems : BioPhysical Triggers of Political Violence (« États défaillants, effondrement des systèmes : les déclencheurs bio-physiques de la violence politique »), rédigé par Nafeez Ahmed, un chercheur invité à l’Institut du développement durable de l’Université Anglia Ruskin, et publié par Springer Briefs in Energy.

 

L’étude identifie le déclin net d’énergie – un déclin de l’énergie qui provient de l’investissement mondial dans l’exploitation et la production énergétique lorsque les entreprises dans le domaine de l’énergie sont forcées d’exploiter des ressources au coût plus élevé et de moindre qualité – comme un facteur premier de la vulnérabilité du système financier mondial en crise.

 

La valeur totale de l’énergie produite via l’extraction de combustible fossile a chuté de moitié durant les dernières décennies, et continue de baisser – la « révolution » de la fracturation est un symptôme du problème. Le déclin net de l’énergie conduit à l’amoindrissement des revenus des producteurs de pétrole malgré l’augmentation de la production de combustible fossile, ce qui est directement lié à la multiplication des crises de l’eau et de l’agriculture causées par le climat.

 

L’étude conclut que les États peuvent commencer à s’effondrer d’ici à 15 années de mise en péril des principaux revenus économiques et sources d’énergie du pays.

Ces facteurs ont conduit des pays du Moyen-Orient et d’Afrique – comme la Syrie, l’Irak, le Yémen, l’Égypte et le Niger – au statut d’États défaillants, éprouvant des troubles internes prolongés, la guerre civile et le terrorisme. Durant les prochaines décennies, des impacts similaires pourraient survenir plus près de chez nous.

 

D’ici 2030, toutes les principales économies du monde seront soumises à des déclins irréversibles de leur production pétrolière, gazière et de charbon, augmentant davantage encore leur dépendance aux importations. Après 2030, même les plus grands exportateurs de pétrole du Moyen-Orient feront face à l’insuffisance d’énergie pour eux-mêmes, créant une pénurie sur les marchés mondiaux.

 

Ce choc énergétique coïnciderait avec l’intensification des impacts des changements climatiques à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, rendant la région de plus en plus inhabitable, et conduisant un grand nombre de réfugiés vers les États-Unis et l’Europe.

 

Au même moment, les États-Unis, l’Europe, la Chine et le Moyen-Orient feront face à des crises agricoles nationales de grande envergure dues aux impacts climatiques. La pression accrue sur les économies nationales entraînera probablement l’explosion de troubles civils aux États-Unis et en Europe.

 

Alors que certains de ces événements sont inévitables, leurs pires effets peuvent encore être atténués – bien que cela requière de sérieux changements dans la pratique courante des affaires.

 

Les principaux constats de l’étude sont :

 

Le déclin mondial de l’énergie nette est la cause sous-jacente du déclin du taux de croissance mondial. À court-terme, une croissance faible ou nulle en Europe et aux États-Unis est liée au mécontentement des électeurs et au succès des politiciens anti-establishment.

 

L’Europe est maintenant une société post-pic pétrolier, sa production domestique de pétrole diminue chaque année depuis 1999 de 6%. Il est peu probable que le pétrole et le gaz de schiste réduisent cette baisse.

 

Les principales sources européennes d’importation de pétrole sont en déclin. Les anciens producteurs de l’Union Soviétique, leur production étant déjà négative, risquent de mettre fin aux exportations d’ici 2030. La production pétrolière russe se stabilise et devrait diminuer après 2030 au plus tard.

 

Aux États-Unis, le pétrole conventionnel a déjà atteint un sommet et est en forte baisse. Le déficit est compensé par des sources non conventionnelles telles que le pétrole en formations étanches et les gaz de schiste, qui devraient atteindre le pic d’ici 2025. La Californie continuera à connaître au cours des prochaines décennies une sécheresse importante, qui endommagera durablement l’agriculture américaine.

 

Entre 2020 et 2035, les États-Unis et le Mexique pourraient connaître des tensions militaires sans précédent, car ce dernier épuise rapidement ses réserves de pétrole classiques, qui ont culminé en 2006. D’ici 2020, ses exportations arriveront à zéro, décimant les revenus de l’État mexicain et provoquant potentiellement une panne de l’État tout de suite après.

 

Après 2025, il est peu probable que l’Irak survive en tant qu’état unique. Le pays connaît une aggravation de la pénurie d’eau, alimentant une crise agricole continue, tandis que sa production pétrolière est à un plateau, en raison de l’augmentation des coûts de production et des facteurs géopolitiques.

 

L’Arabie saoudite fera face à une « tempête parfaite » d’énergie, de nourriture et de chocs économiques, probablement avant 2030, et certainement dans les 20 prochaines années.

 

Après 2021, l’Égypte commencera à connaître d’autres épidémies de troubles civils entraînant une escalade de la défaillance de l’État. Et après 2037, elle deviendra probablement un État en complète déliquescence.

 

Les espoirs de l’Inde de devenir un acteur économique majeur vont faiblir en raison des crises de nourriture, d’eau et d’énergie. La capacité d’énergie renouvelable domestique maximale potentielle de l’Inde est insuffisante pour faire face à la croissance projetée de la demande.

 

La production totale de pétrole de la Chine devrait atteindre son apogée en 2020. Son taux de croissance économique devrait diminuer constamment au cours des prochaines décennies, alors que le changement climatique nuira à son agriculture domestique, ce qui l’obligera à compter de plus en plus sur les importations coûteuses à partir de 2022.

 

L’auteur Dr Nafeez Ahmed, chercheur invité à l’Institut mondial de la Durabilité de l’Université Anglia Ruskin, a déclaré :


« La Syrie et le Yémen démontrent que les crises climatiques et énergétiques travaillent ensemble à miner le pouvoir de l’État et alimenter le terrorisme.

« Les sécheresses provoquées par le climat ravagent l’agriculture, gonflent les rangs des chômeurs et détruisent les moyens de subsistance. L’appauvrissement du pétrole domestique ronge les recettes de l’État, ce qui affaiblit la capacité de poursuivre les subventions intérieures au carburant et aux aliments. Comme l’État est incapable de faire face aux besoins d’une population de plus en plus appauvrie, cela conduit à des troubles civils et probablement à la radicalisation et au terrorisme.

« Ces processus sous-jacents ne se limitent pas à la Syrie et au Yémen. Sans changement de parcours, le danger est qu’à la fin, ils se produisent aux États-Unis et en Europe. »

 

Source : Anglia Ruskin University, le 24 janvier 2017.

 

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

 



05/06/2017
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